Baux commerciaux 15 mai 2026

Clause résolutoire en bail commercial : conditions et procédure

Comprendre la clause résolutoire dans un bail commercial : commandement de payer, délai d'un mois, rôle du juge et recours du locataire.

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Maître Julien ATTALI · 5 min de lecture

La clause résolutoire est une stipulation contractuelle insérée dans la quasi-totalité des baux commerciaux. Elle permet au bailleur de se prévaloir de la résiliation de plein droit du bail en cas de manquement du locataire à certaines de ses obligations — en particulier le paiement des loyers et charges.

Bien que son mécanisme puisse sembler automatique, son application est encadrée par des règles strictes d’ordre public. Le locataire dispose de recours importants pour en suspendre ou en neutraliser les effets.


Qu’est-ce que la clause résolutoire dans un bail commercial ?

La clause résolutoire est régie par l’article L. 145-41 du Code de commerce, qui lui confère un régime protecteur du locataire. Contrairement au droit commun des contrats, le juge ne peut pas apprécier le caractère proportionné de la résiliation une fois la clause acquise — sauf à intervenir dans le délai d’un mois suivant le commandement ou sur assignation du locataire.

Elle est généralement rédigée ainsi : « À défaut de paiement d’un seul terme de loyer ou de charges à son échéance, ou d’inexécution de toute autre condition du présent bail, et un mois après un commandement de payer ou de faire resté infructueux, le bail sera résilié de plein droit. »

Ce que peut viser la clause résolutoire

Si le défaut de paiement du loyer est le cas le plus fréquent, la clause résolutoire peut être invoquée pour d’autres manquements :

  • Défaut de souscription ou de renouvellement d’assurance
  • Sous-location non autorisée par le bailleur
  • Exercice d’une activité non prévue au bail
  • Défaut d’entretien des locaux

Les conditions d’application de la clause résolutoire

1. Un commandement de payer délivré par commissaire de justice

La mise en œuvre de la clause résolutoire est conditionnée à la signification d’un commandement de payer par acte de commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Ce commandement doit :

  • Mentionner expressément la clause résolutoire
  • Préciser le montant réclamé (loyers, charges, TVA)
  • Informer le locataire de la possibilité de régulariser dans le délai d’un mois

Un commandement irrégulier — par exemple délivré sans mention de la clause — est inopposable au locataire. La procédure doit alors être recommencée depuis le début.

2. Un délai d’un mois pour régulariser

À compter de la signification du commandement, le locataire dispose d’un mois pour s’acquitter des sommes dues ou remédier au manquement reproché. Ce délai est d’ordre public : aucune clause contractuelle ne peut le raccourcir.

3. L’absence de régularisation dans le délai imparti

Si le locataire ne régularise pas dans le délai d’un mois — et si le juge n’a pas accordé de délais de grâce — la clause est acquise de plein droit. Le bailleur peut alors saisir le tribunal judiciaire pour faire constater la résiliation et obtenir l’expulsion.


Le rôle du juge : les délais de grâce

L’article L. 145-41 du Code de commerce prévoit une intervention possible du juge dans deux cas :

Dans le mois suivant le commandement : le locataire peut saisir le tribunal pour obtenir des délais supplémentaires afin de s’acquitter des sommes dues. Si le locataire paie dans le délai accordé, la clause est réputée n’avoir jamais joué.

En cours d’instance : si le bailleur a assigné en constatation de la résiliation, le locataire peut demander des délais de grâce au juge saisi.

Cette faculté du juge constitue une protection importante. Elle explique l’intérêt pour le locataire d’agir rapidement dès réception du commandement, sans attendre l’expiration du délai.


Le cas particulier des procédures collectives

En cas d’ouverture d’une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire du locataire, la clause résolutoire est suspendue pendant la période d’observation. L’administrateur judiciaire peut décider de continuer le bail. Cette suspension est une règle d’ordre public, qui s’applique même si la clause a commencé à produire ses effets avant l’ouverture de la procédure, sous certaines conditions.


Points de vigilance

Les situations ci-dessous illustrent des problématiques fréquemment rencontrées en pratique, présentées de manière anonymisée.

Commandement pour un montant contesté. Un locataire peut recevoir un commandement incluant des charges dont il conteste le calcul ou la légitimité. L’existence d’une contestation sérieuse et étayée sur tout ou partie des sommes réclamées peut, selon les circonstances, affecter la régularité ou l’efficacité du commandement. Une analyse au cas par cas est indispensable.

Paiement partiel dans le délai d’un mois. Un locataire qui règle une partie seulement des sommes dues dans le délai d’un mois ne régularise pas sa situation de manière suffisante. La clause peut être considérée comme acquise pour le solde impayé, à moins que le bailleur n’ait accepté expressément un paiement échelonné.

Accord verbal sur un échéancier. Un accord verbal conclu après délivrance du commandement ne suspend pas automatiquement le délai d’un mois. Seul un accord écrit formalisant la suspension de la clause — ou une ordonnance du juge — offre une protection juridique solide au locataire.

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il résilier le bail sans commandement de payer ?
Non. La délivrance d'un commandement de payer par commissaire de justice est une condition préalable obligatoire à la mise en œuvre de la clause résolutoire. À défaut, la procédure est irrégulière et inopposable au locataire.
Combien de temps le locataire a-t-il pour régulariser après le commandement ?
Un mois à compter de la signification du commandement. Ce délai est d'ordre public : il ne peut pas être raccourci par une clause contractuelle. Au-delà, et si le locataire n'a pas saisi le juge pour obtenir des délais de grâce, la clause est acquise.
Le locataire peut-il obtenir des délais de paiement après réception du commandement ?
Oui. L'article L. 145-41 du Code de commerce permet au locataire de saisir le tribunal judiciaire pour obtenir des délais de grâce dans le mois suivant le commandement. Si le locataire paie dans le délai accordé par le juge, la clause est réputée n'avoir jamais joué.
La clause résolutoire s'applique-t-elle automatiquement ou faut-il un jugement ?
Elle joue de plein droit à l'expiration du délai d'un mois, mais le bailleur doit saisir le tribunal judiciaire pour faire constater la résiliation et obtenir l'expulsion. Le juge ne fait que constater l'acquisition de la clause — il n'en apprécie pas l'opportunité.
Que se passe-t-il si le locataire paie après l'expiration du délai d'un mois ?
Le paiement tardif n'efface pas l'acquisition de la clause. Seul un accord exprès du bailleur pour renoncer à se prévaloir de la clause, ou une décision du juge accordant des délais de grâce, peut neutraliser ses effets après l'expiration du délai.
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