Facture impayée entre professionnels : les premiers réflexes
Facture impayée entre professionnels : pénalités de retard, indemnité de 40 €, mise en demeure, délais de paiement. Les bons réflexes avant toute procédure.
Une facture échue et non réglée par un client professionnel n’est pas seulement un problème de trésorerie : c’est une créance qui, dès le premier jour de retard, produit des pénalités et une indemnité que la loi met à la charge du débiteur. Encore faut-il le savoir, le rappeler au bon moment et constituer un dossier qui tiendra si le client ne paie toujours pas.
Cet article porte sur la phase qui précède toute procédure : ce que la loi vous accorde déjà, ce qu’il faut vérifier, et comment rédiger une mise en demeure utile. Les voies judiciaires sont comparées dans notre article sur le recouvrement de créances commerciales.
Ce que la loi vous doit déjà, sans rien demander
Entre professionnels, le retard de paiement est sanctionné automatiquement par l’article L. 441-10 du code de commerce. Deux mécanismes jouent de plein droit, sans qu’un rappel soit nécessaire.
Pénalités de retard
Elles courent dès le lendemain de l'échéance. Le taux est celui de vos conditions générales, sans pouvoir être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal ; à défaut de stipulation, c'est le taux de refinancement de la BCE majoré de dix points.
Indemnité forfaitaire
40 € par facture payée en retard (article D. 441-5), pour frais de recouvrement. Une indemnisation complémentaire peut être demandée sur justificatifs si les frais réellement exposés sont supérieurs.
Exemple théorique. Un client laisse impayées cinq factures distinctes. Au-delà du principal et des pénalités de retard, l’indemnité forfaitaire représente déjà 5 × 40 € = 200 €, due de plein droit.
Ces sommes doivent figurer dans vos conditions générales de vente et sur vos factures : le taux des pénalités et le montant de l’indemnité forfaitaire font partie des mentions obligatoires.
Les délais de paiement : êtes-vous vraiment en retard ?
Avant de réclamer, vérifiez que la facture est bien exigible. L’article L. 441-10 encadre les délais de paiement entre professionnels.
| Situation | Délai de paiement |
|---|---|
| Aucun délai convenu | 30 jours après la réception des marchandises ou l’exécution de la prestation |
| Délai convenu entre les parties | 60 jours au plus à compter de la date d’émission de la facture |
| Délai « fin de mois » expressément stipulé | 45 jours fin de mois au plus à compter de la date d’émission de la facture |
Des délais particuliers existent dans certains secteurs. Le non-respect des délais légaux par un débiteur peut en outre exposer celui-ci à une amende administrative prononcée par la DGCCRF (article L. 441-16 du code de commerce) : c’est un risque pour lui, que votre mise en demeure peut rappeler sobrement.
Vérifier que la créance est recouvrable
Avant d’investir du temps ou des frais, cinq questions permettent de savoir où vous en êtes.
Ce que l'avocat vérifie d'abord
- 1La preuve de la commande : devis signé, bon de commande, contrat, acceptation écrite.
- 2La preuve de l'exécution : bon de livraison, procès-verbal de réception, livrables, échanges confirmant la prestation.
- 3L'absence de contestation : le client a-t-il émis des réserves, une réclamation, un refus écrit ?
- 4La prescription : cinq ans en principe entre professionnels (article L. 110-4 du code de commerce).
- 5La situation du débiteur : société toujours active, absence de procédure collective publiée au BODACC.
Si le débiteur fait l’objet d’une procédure collective, la logique change : il ne s’agit plus de réclamer le paiement mais de déclarer la créance au mandataire judiciaire dans les délais.
La mise en demeure qui prépare la suite
Une relance commerciale et une mise en demeure n’ont pas la même fonction. La mise en demeure est un acte juridique : elle interpelle le débiteur (article 1344 du code civil), fait courir les intérêts moratoires (article 1344-1) et constitue la première pièce du dossier judiciaire si le paiement n’intervient pas.
À faire figurer
- — les factures visées, leur date et leur échéance
- — le montant du principal
- — les pénalités de retard et l'indemnité de 40 € par facture
- — un délai de paiement précis
- — la suite envisagée à défaut de paiement
À éviter
- — les menaces disproportionnées
- — un montant approximatif ou erroné
- — l'envoi sans preuve de réception
- — l'oubli des pénalités, qui ne sont alors souvent plus réclamées
- — des délais successifs qui décrédibilisent la démarche
Adressée par un avocat, la mise en demeure change souvent la perception du débiteur : elle signale que le dossier a été analysé et que l’étape suivante est prête.
Quand l’amiable ne suffit plus
La phase amiable doit rester courte. Le schéma ci-dessous résume les orientations habituelles, qui dépendent toujours du dossier.
Créance incontestée et documentée
Le référé-provision est souvent la voie la plus directe.
Créance contestée
Un débat au fond devant le tribunal est généralement nécessaire.
Débiteur fragile
Des mesures conservatoires peuvent être envisagées avant même d'obtenir une décision.
Ces options, leurs conditions et leurs limites sont détaillées dans notre article sur les voies de recouvrement d’une créance commerciale. Pour savoir si l’action se justifie économiquement, voir aussi : petites créances commerciales, est-il rentable d’agir ?, et quand l’injonction de payer ne suffit pas.
Bon réflexe
Conservez dès le départ tous les échanges avec le client, y compris les courriels où il promet de payer : une reconnaissance de la dette interrompt la prescription et facilite la procédure. Pour une facture restée impayée malgré vos relances, le cabinet peut analyser la créance et engager le recouvrement ; l'offre dédiée aux petites créances commerciales est présentée sur la page honoraires.
Les pièces à rassembler
- les factures impayées et le relevé de compte du client ;
- le devis signé, le bon de commande ou le contrat ;
- vos conditions générales de vente et la preuve de leur acceptation ;
- les preuves d’exécution : livraison, réception, livrables ;
- les relances, la mise en demeure et leur preuve d’envoi ;
- les échanges écrits avec le client ;
- la dénomination exacte et le numéro SIREN du débiteur.
Références juridiques
Questions fréquentes
L'indemnité forfaitaire de 40 € est-elle due automatiquement ?
Quel taux de pénalités s'applique si mes conditions générales ne prévoient rien ?
La mise en demeure est-elle obligatoire avant d'agir ?
Combien de temps ai-je pour réclamer une facture impayée ?
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