Petites créances commerciales : est-il rentable d'agir ?
Recouvrer une petite créance commerciale : coût réel, article 700, pénalités et frais de tiers. Scénarios théoriques pour décider d'agir ou non.
Pour une facture de quelques milliers d’euros, la question n’est pas seulement juridique : elle est économique. Combien coûte une mise en demeure, puis une procédure ? Qu’est-ce que le juge peut mettre à la charge du débiteur ? Dans quels cas vaut-il mieux s’abstenir ? Cet article pose les chiffres, sur des exemples théoriques, pour décider en connaissance de cause.
Les procédures elles-mêmes sont décrites dans nos articles sur le référé-provision pour une facture impayée et sur les voies de recouvrement d’une créance commerciale, ainsi que sur les limites de l’injonction de payer.
Ce que coûte réellement une petite créance
Le coût d’un recouvrement se compose de deux postes distincts, qu’il ne faut pas confondre.
| Poste | Contenu | Qui le supporte ? |
|---|---|---|
| Honoraires d’avocat | Analyse, mise en demeure, procédure, suivi | Le créancier, selon la convention d’honoraires ; le juge peut en compenser une partie par l’article 700 |
| Frais de tiers | Greffe, signification et exécution par commissaire de justice, BODACC, frais postaux | Avancés par le créancier ; les frais d’exécution forcée sont en principe à la charge du débiteur, les frais de recouvrement amiable restent en principe au créancier (article L. 111-8 du code des procédures civiles d’exécution) |
À ces coûts s’ajoute le temps interne passé à relancer, qui n’est jamais remboursé.
Ce que le juge peut mettre à la charge du débiteur
Le principal
Le montant des factures impayées.
Les pénalités
Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de 40 € par facture (article L. 441-10 du code de commerce).
L'article 700
Une somme fixée librement par le juge, en équité, pour compenser une partie des frais non compris dans les dépens.
Les dépens
Les frais de procédure tarifés, mis en principe à la charge de la partie qui perd (article 696 du code de procédure civile).
Attention
Aucun de ces accessoires n'est garanti : le juge apprécie l'article 700 au cas par cas, et une condamnation ne vaut que si le débiteur peut payer.
Quatre scénarios illustratifs
Les scénarios ci-dessous sont purement théoriques et construits pour l’illustration. Ils reposent sur les honoraires des étapes standardisables (mise en demeure, procédure d’un dossier simple), hors taxes, détaillés sur la page honoraires, et sur une facture de 4 200 € TTC ; les frais de tiers, variables selon les actes, ne sont pas chiffrés. Ils ne préjugent d’aucune décision.
| Scénario | Encaissé par le client | Honoraires de diligences HT | Éventuel honoraire de résultat |
|---|---|---|---|
| 1. Paiement après la mise en demeure | 4 200 € | 125 € | Sans objet |
| 2. Référé-provision, article 700 alloué (hypothèse) | Le principal, et les pénalités et l'article 700 s'ils sont alloués puis recouvrés | 125 + 450 = 575 € (dossier simple) | Selon la convention, sur des sommes effectivement recouvrées |
| 3. Référé-provision, article 700 faible ou nul (hypothèse) | Le principal et, le cas échéant, les pénalités recouvrées | 575 € | Selon la convention |
| 4. Décision obtenue, débiteur insolvable | 0 € | 575 €, outre les frais de tiers | Aucun : rien n'a été recouvré |
Lecture. Le principal recouvré revient au client. Les honoraires de diligences sont connus à l’avance ; un éventuel honoraire de résultat, défini par la convention, ne peut porter que sur des sommes effectivement recouvrées. Le scénario 4 montre le vrai risque : ce n’est pas le procès, c’est l’insolvabilité du débiteur. Les honoraires étant hors taxes, la TVA est récupérable pour une entreprise assujettie.
Le détail des honoraires
Honoraires des étapes standardisables, honoraire de résultat, frais de tiers, et accompagnement possible pour les impayés récurrents : tout est exposé sur la page voir le détail des honoraires. Un simulateur pédagogique permet aussi d'illustrer ce raisonnement avec vos propres montants.
Quand agir, quand attendre, quand changer de stratégie
Agir
- — créance documentée et incontestée
- — débiteur actif et apparemment solvable
- — prescription encore lointaine, mais relances épuisées
Attendre, brièvement
- — échéancier proposé et respecté
- — litige commercial en cours de règlement amiable
- — pièces à compléter avant d'agir
Changer de stratégie
- — procédure collective ouverte : déclarer la créance
- — contestation argumentée : action au fond
- — débiteur qui organise son insolvabilité : mesures conservatoires
Avant d’engager des frais : trois vérifications
- La solvabilité apparente du débiteur : activité en cours, comptes publiés, absence d’inscription au BODACC.
- La solidité des pièces : bon de commande signé, preuve d’exécution, absence de réclamation écrite.
- Votre protection juridique : de nombreux contrats d’assurance professionnelle couvrent tout ou partie des frais d’un recouvrement.
Devant le tribunal de commerce, la représentation par avocat n’est pas obligatoire pour une demande inférieure ou égale à 10 000 euros (article 853 du code de procédure civile). Le choix de se faire assister relève donc d’un arbitrage entre le temps disponible, la technicité du dossier et les accessoires que l’on peut espérer obtenir.
Impayés récurrents : raisonner en volume
Lorsque les factures impayées se répètent, le raisonnement change : standardiser les relances, disposer de modèles de mise en demeure adaptés à vos conditions générales et traiter les dossiers au fil de l’eau coûte souvent moins cher que de gérer chaque impayé dans l’urgence. Pour les entreprises confrontées à des impayés récurrents, le cabinet peut proposer une convention d’accompagnement adaptée au volume de dossiers et aux besoins de suivi (voir la page honoraires). Les premiers réflexes à adopter sont détaillés dans notre article sur la facture impayée entre professionnels.
L’intervention du cabinet
Maître Julien ATTALI, avocat au Barreau de Paris, intervient en recouvrement de créances commerciales à Paris et en région parisienne. Le cabinet analyse la créance, indique la voie envisageable et le coût de chaque étape avant tout engagement. Pour les créances entre professionnels, consultez notre page recouvrement de créances commerciales.
Références juridiques
- Code de procédure civile, articles 695, 696 et 700 (dépens et frais irrépétibles), 853 (représentation devant le tribunal de commerce).
- Code des procédures civiles d’exécution, article L. 111-8 (charge des frais de recouvrement et d’exécution).
- Code de commerce, articles L. 441-10 et D. 441-5 (pénalités de retard et indemnité forfaitaire).
- Loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, article 10 (convention d’honoraires, honoraire complémentaire de résultat).
Questions fréquentes
Peut-on récupérer ses frais d'avocat auprès du débiteur ?
Faut-il un avocat pour une petite créance devant le tribunal de commerce ?
Comment fonctionne l'honoraire de résultat en recouvrement ?
Que se passe-t-il si le débiteur est insolvable ?
Vous êtes confronté à cette situation ?
Le cabinet OPTIMUM AVOCATS analyse votre dossier et vous accompagne dans vos démarches juridiques.