Garanties du bail commercial : recouvrer les loyers auprès des garants
Loyers commerciaux impayés : actionner la caution, le dépôt de garantie, la garantie autonome ou la garantie du cédant. Les recours du bailleur et leurs pièges.
Lorsqu’un preneur ne paie plus son loyer commercial, le bailleur pense d’abord au commandement de payer et à la clause résolutoire. C’est souvent nécessaire, mais ce n’est pas toujours le chemin le plus rapide vers le paiement. Si le bail est assorti de garanties — caution, garantie autonome, garantie bancaire, garantie du cédant — elles peuvent permettre d’obtenir le règlement auprès d’un tiers solvable. À condition d’avoir été correctement constituées, et d’être actionnées dans les règles.
Cet article traite de ces garanties, du point de vue du bailleur. La procédure contre le preneur lui-même est présentée dans nos articles sur les loyers impayés en bail commercial et sur la clause résolutoire.
Panorama des garanties d’un bail commercial
| Garantie | Qui paie ? | Ce que le garant peut opposer | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Dépôt de garantie | Somme remise par le preneur au bailleur | — | Produit intérêts au profit du preneur s’il excède deux termes de loyer (article L. 145-40 du code de commerce) |
| Cautionnement simple | La caution, après le preneur | Les exceptions du preneur ; le bénéfice de discussion et de division | Le bailleur doit d’abord poursuivre le preneur si la caution l’exige |
| Cautionnement solidaire | La caution, comme le preneur | Les exceptions tenant à la dette, mais pas le bénéfice de discussion | Formalisme et obligations d’information à respecter |
| Garantie autonome | Le garant, sur demande conforme | En principe rien, sauf abus ou fraude manifestes (article 2321 du code civil) | Conditions d’appel à respecter à la lettre |
| Garantie bancaire | La banque garante | Selon les termes de l’acte (souvent garantie autonome) | Durée et date d’expiration de la garantie |
| Garantie du cédant | L’ancien preneur, après cession du bail | Selon la clause | Limitée à trois ans après la cession (article L. 145-16-2) |
Avant d'agir
Identifiez précisément la nature de chaque garantie : un même document intitulé « caution » peut en réalité constituer une garantie autonome, et inversement. Pour une première estimation des sommes dues, l'outil de décompte des loyers impayés permet d'établir un décompte chronologique ; la procédure contre le preneur est présentée sur notre page commandement de payer et clause résolutoire.
Actionner la caution
Le cautionnement a été profondément réformé par l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, applicable aux cautionnements conclus à compter du 1er janvier 2022. Les cautionnements antérieurs restent régis par les règles en vigueur lors de leur conclusion : la date de l’acte est donc la première chose à vérifier.
Pour les cautionnements conclus depuis cette date, plusieurs règles concernent directement le bailleur :
- la caution personne physique doit apposer elle-même une mention exprimant la nature et l’étendue de son engagement (article 2297 du code civil) ;
- un cautionnement manifestement disproportionné aux biens et revenus de la caution personne physique peut être réduit (article 2300) ;
- le créancier professionnel doit informer chaque année la caution personne physique du montant de la dette garantie (article 2302) ;
- il doit l’informer de la défaillance du débiteur dès le premier incident de paiement non régularisé dans le mois (article 2303).
Le non-respect de ces obligations d’information peut priver le bailleur de certains accessoires de la dette. Savoir si un bailleur est un « créancier professionnel » au sens de ces textes s’apprécie au cas par cas.
Premier impayé
Relance du preneur et, le cas échéant, information de la caution de la défaillance.
Décompte et mise en demeure
Décompte précis des loyers, charges et accessoires ; mise en demeure du preneur et de la caution.
Commandement de payer
Délivré au preneur si le bail comporte une clause résolutoire ; la caution en est en principe informée.
Action en paiement
Contre le preneur et la caution, le cas échéant dans la même procédure, en référé-provision ou au fond. Voir aussi : recouvrer une créance commerciale.
Imputer le dépôt de garantie
Le dépôt de garantie ne fait pas l’objet d’un régime légal complet en bail commercial : ses conditions sont d’abord fixées par le bail. La loi prévoit seulement que, lorsqu’il excède deux termes de loyer, il produit intérêts au profit du preneur (article L. 145-40 du code de commerce).
En cours de bail, le dépôt ne dispense pas le preneur de payer ses loyers ; sa fonction est surtout de garantir les sommes restant dues à la sortie des lieux. Son montant, souvent limité à quelques mois de loyer, couvre rarement un arriéré important : il complète les autres garanties, il ne les remplace pas.
La garantie autonome à première demande
La garantie autonome est l’engagement par lequel le garant s’oblige à verser une somme, soit sur première demande, soit suivant des modalités convenues, en considération d’une obligation souscrite par un tiers (article 2321 du code civil). Le garant ne peut opposer aucune exception tenant à l’obligation garantie, sauf abus ou fraude manifestes du bénéficiaire.
C’est la garantie la plus efficace pour un bailleur, à une condition : respecter exactement les modalités d’appel prévues dans l’acte (forme de la demande, pièces à joindre, délai de validité). Une demande non conforme, ou formée après l’expiration de la garantie, peut être refusée.
Après une cession du bail : la garantie du cédant
Lorsque le bail a été cédé avec une clause par laquelle le cédant garantit le paiement des loyers du cessionnaire, deux règles encadrent cette garantie :
- le bailleur ne peut s’en prévaloir que pendant trois ans à compter de la cession (article L. 145-16-2 du code de commerce) ;
- il doit informer le cédant de tout défaut de paiement du cessionnaire dans le délai d’un mois à compter de la date à laquelle la somme aurait dû être acquittée (article L. 145-16-1).
Ces règles sont détaillées, du côté de la cession, dans notre article sur la cession du droit au bail.
Si le preneur est en procédure collective
L’ouverture d’une sauvegarde, d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire du preneur change l’ordre des démarches.
Déclarer la créance
Au mandataire judiciaire, dans les deux mois de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (articles L. 622-24 et R. 622-24 du code de commerce).
Poursuites suspendues
Les poursuites individuelles contre le preneur sont arrêtées (article L. 622-21) ; celles contre les cautions personnes physiques sont suspendues jusqu'au plan ou à la liquidation (article L. 622-28).
Garanties de personnes morales
Une garantie consentie par une banque ou une société n'est pas visée par la suspension propre aux garants personnes physiques ; ses conditions d'appel restent à respecter.
Côté bailleur : les bons réflexes dès la rédaction du bail
Checklist
- Choisir la garantie adaptée au preneur : caution solidaire, garantie autonome, garantie bancaire
- Vérifier le formalisme de l'engagement de la caution personne physique
- Fixer une durée de garantie cohérente avec celle du bail
- Prévoir des modalités d'appel claires pour la garantie autonome
- Organiser l'information annuelle et l'information en cas d'incident
- Encadrer la garantie du cédant en cas de cession du bail
Les pièces à réunir
- le bail commercial et ses avenants ;
- l’acte de cautionnement, de garantie autonome ou de garantie bancaire, avec sa date ;
- les justificatifs d’information de la caution (annuelle et en cas d’incident) ;
- le décompte des loyers, charges et accessoires impayés ;
- les relances, mises en demeure et, le cas échéant, le commandement de payer ;
- l’acte de cession du bail, s’il y a eu cession ;
- toute publication au BODACC concernant le preneur.
L’intervention du cabinet
Maître Julien ATTALI, avocat au Barreau de Paris, intervient en baux commerciaux pour des bailleurs comme pour des preneurs : qualification des garanties, calcul de l’arriéré, mise en jeu de la caution ou de la garantie autonome, procédure contre le preneur et, le cas échéant, déclaration de créance. Pour une vue d’ensemble, consultez notre page avocat en baux commerciaux à Paris.
Références juridiques
- Code civil, articles 2297, 2300, 2302 et 2303 (cautionnement, dans leur rédaction issue de l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021) et 2321 (garantie autonome).
- Code de commerce, articles L. 145-16-1 et L. 145-16-2 (garantie du cédant), L. 145-40 (dépôt de garantie), L. 622-21, L. 622-24, R. 622-24 et L. 622-28 (procédures collectives).
Questions fréquentes
Le bailleur peut-il conserver le dépôt de garantie pour couvrir des loyers impayés ?
La caution reste-t-elle tenue après la cession du bail ?
Une garantie autonome permet-elle un paiement immédiat ?
Peut-on poursuivre la caution si le preneur est en redressement judiciaire ?
Vous êtes confronté à cette situation ?
Le cabinet OPTIMUM AVOCATS analyse votre dossier et vous accompagne dans vos démarches juridiques.